Pour ce nouvel épisode du Heatfool Radio Show, j’ai invité le rappeur Rennais Azam à me parler de lui, son parcours et de l’univers de sa musique. Il me tardait vraiment de comprendre toute l’histoire autour de cette ville imaginaire qu’est « Bluered Town ».
Pour écouter l'émission complète, cet extrait est tiré du Heatfool Radio Show #36
Heatfool:Tu vis de ta musique ou pas du tout ?
Azam: J'essaye.
Heatfool: Ça c'est des questions importantes, je te coupe, mais ça c'est des questions importantes parce que tu vois, dans le milieu artistique, les gens qui ne savent pas forcément, ils se posent souvent la question, mais est-ce que ce gars-là il vit de sa passion, tu vois. Du coup, je voulais savoir toi, est-ce que tu arrives à en vivre ou tu as un travail à côté ou autre ?
Azam: À côté, ça se débrouille, mais ouais, ça ne vit pas encore de la musique. Ça ne vit pas encore de la musique, même si des fois, de temps en temps, on peut essayer de s'arranger, et même il y a toujours les plateformes et tout, les tunecore, les distrokid, on ne fait pas un topo. mais ça ne rapporte pas grand-chose, certes, mais au final, on fait ça pour la shit dans tous les cas, on ne fait pas ça pour l'argent, pour le moment, tu vois.
Heatfool: Là, c'est juste pour le kiff.
Azam: Ouais, c'est ça, c'est pour le kiff, partager des moments avec les sœurettes, avec les frérots et c'est tout.
Heatfool: Qu'est-ce que tu écoutes ? Parce que je me dis que tu dois écouter du rap, pas mal, mais qu'est-ce que tu écoutes à part le rap ?
Azam: À part le rap, les sons des darons, en vrai, je suis de là-bas, moi.
Heatfool: T'es de quelle l'origine ?
Azam: 242.
Heatfool: Ah, 242, c'est ça qu'on aime, 242, les gars, c'est les Congolais, les Brazzavillois, c'est ça ?
Azam: Exactement,
Heatfool: Donc c'est quoi ? C'est les rumbas congolaises que tu écoutes ? C'est des choses comme ça ?
Azam: Les rumbas congolaises, des Papawemba, Kofi Olomide, les Fally. C'est-à-dire qu'on a la fibre de la mélodie, grâce à ça, je pense, de base, tu vois.Ensuite, après, on est arrivé sur un truc où moi-même, j'ai fait mes propres expériences, ça veut dire que je me suis beaucoup intéressé à beaucoup de styles tels que le rock, par exemple
Heatfool: Ah ouais, du rock ?!
Azam: Ouais, avec le reuff.? Ouais, L'anecdote, c'est que mon grand kho (argot:frère NDLR), il écoutait beaucoup Jay-Z, Linkin Park. Ça veut dire que moi, je commence à écouter la même chose que lui, à un moment, je fais ma propre oreille, tu vois, du coup, je vais voir vers les Nirvana, vers les Radiohead, ACDC, tout ça, je commence à kiffer un peu le délire, je ne dirais pas que je saigne ça dans mes écouteurs, mais des fois, c'est bien d'aller chercher le truc vers autre chose, surtout même pour les samples et tout, pour ce qui est rapport musical, dans tous les cas, ça mélange tout. Yes.
Heatfool: C'est quoi tes artistes préférés ? C'est n'importe, c'est tout confondu, même dans le rap, là, dans le rap actuel. C'est quoi tes artistes préférés ?
Azam: Carrément, déjà, pour commencer, mes artistes préférés, c'est les membres du collectif de la 9, 909, qui est mon collectif, mon équipe, ça veut dire, déjà, je vais citer Des blase (argot: nom NDLR), Bresson, ZK, je les mets dans mes artistes préférés.
Heatfool: ZK, il est à côté. Il fait le timide, là. Mais parle donc, viens dire bonjour aux auditeurs.
ZK: La famille, ça va ou quoi ? C'est ZK, NMF, toujours là, avec le frérot Azam, à Radio C-lab.
Azam: C'est exactement ça. Mais sinon, à part ça, franchement, moi, je n'ai pas vraiment d'artistes favoris. Franchement, j'ai beaucoup d'artistes que j'affectionne bien, que j'aime beaucoup, mais je ne dirais pas que j'en ai des favoris, mais par exemple, là, je peux te citer un bon, tu vois, SCH, je vais te citer un SCH dans le rap, comme ça, on va faire rapidement.
Heatfool: Mec, prends ton temps, t'inquiète, on a une heure, mec, on est posée, c'est chill, ne te presse pas.
Azam: Ce que je dis, c'est, ouais, pour faire le topo du rap, c'est SCH dans les rappeurs installés. Je dirais, rappeurs émergents d'aujourd'hui, il faut rester branché sur Yung Poor alo, il faut rester branché, enfin, tout le monde est déjà branché sur So la Lune, que j'ai beaucoup écouté, que j'écoute il y a très longtemps maintenant, mais que j'écoute beaucoup.Sinon, franchement, je dirais, variété française, j'écoute beaucoup aussi, j'ai oublié de le dire, j'écoute beaucoup d'Henri Salvador, Jazz Méditerranée, qui est un très bon son, je vous conseille, carrément, et Edith Piaf, un peu la foule de temps en temps, du coup, je mettrais Edith Piaf dedans et tout. Et grosse force à Aya Nakamura, parce qu'en vrai, de vrai, ça c'est une dinguerie, ça, il faut en parler.
Heatfool: Parlons-en, parlons-en, vas-y, parce que c'est grave ce qu'il se passe, j'aimerais avoir ton ressenti sur cette situation.
Azam: Donc, pour moi, la situation là, mon ressenti, c'est que depuis bien longtemps maintenant, depuis qu'on a capitalisé sur la musique, je pense qu'il y a beaucoup de personnes qui veulent, comment dire, qui veulent s'approprier notre truc, notre culture, qui s'approprient notre culture depuis des années. Et c'est ces personnes-là qui, malheureusement, que les gens écoutent, que les gens regardent tous les jours à la télévision, mais ces gens-là, c'est pas forcément les bonnes personnes, pardon.Ce qui fait que là, aujourd'hui, ils essayent de stopper Aya sur sa lancée, alors qu'elle va nous représenter au JO, ce qui est pas mal, ce qui est déjà énorme. Et ce qui est une fierté pour nous tous, surtout le peuple africain, qu'on soit ici ou de France ou d'Afrique, on est tous conscients de ça, on est tous fiers de ça. Et franchement, là, la situation est pu la merde, je vais pas mentir. ces mecs-là, c'est pas les mecs qu'il faut écouter dans la vie, je pense, tout en restant poli. Sinon, j'aurais dit d'autres choses, je pense.
Heatfool: Mais tu sais que là, la situation est vraiment très marrante, parce qu'en fait, je vais bien réexpliquer le truc, c'est qu'Aya Nakamura, on ne l'a pas proposée au JO, c'est juste Emmanuel Macron, il a fait une supposition, il a fait une supposition, et les gens se sont échauffés. Il y a même eu des banderoles terribles. Il y a eu des banderoles terribles, mais il n'a pas dit qu'elle allait représenter Edith Piaf au JO, il a fait une supposition. Ils ont mélangé le truc, et en fait, il a fait une supposition, parce qu'elle-même,elle n'était pas au courant, elle n'a pas confirmé, mais c'est juste Macron, il a fait une supposition, et les gens se sont emballés. Donc, il faut bien remettre les choses dans son contexte.Elle ne va pas faire le JO, il faut qu'elle confirme, il n'y a pas eu de confirmation, c'était une supposition de Macron. Donc, ça ne sert à rien, les gens qui sont échauffés, c'est un débat pour rien.
Azam: Mais malheureusement, c'est ça qui fait qu'au final, si maintenant, elle doit confirmer elle, ça peut la dégoûter.Ça peut être l'envers.
Heatfool: Oui, ça peut, mais bon, qu'est-ce que tu veux faire ? En vrai, elle pèse, elle pèse vraiment. Moi aussi, quand j'ai vu La Nouvelle Passée, je ne vais pas mentir, j'étais, on va dire, mitigé.J'étais un peu mitigé, mais en fait, quand j'écoutais, parce que moi, j'ai fait mes recherches de mon propre côté, et quand j'écoutais les différents avis des gens, je me suis dit, ah ouais, en fait, ce n'est pas débile comme process. Parce qu'en gros, l'idée, c'était de représenter, en fait, comme on sait, les JO, c'est un événement international. Et du coup, dans chaque pays, on prend l'exemple des Américains au Superbowl, tu vois très bien des Noirs américains qui reprennent des musiques de d'autres artistes, tu vois.Et en fait, c'est en fonction de, comment dire, de la popularité, de ce que cette personne génère, etc. L'influence qu'elle a. Et la personne qui a le plus d'influence en France, il faut se le dire clairement, c'est Aya Nakamura. Donc, quand tu remets bien le truc dans le contexte, tu te dis, ah ouais, le truc, il n'est pas bête, en fait, mais quand tu as des idées qui sont un peu arrêtées, tu ne vois juste pas plus loin que le bout de ton nez, eh bien, on en arrive à des débats terribles comme ça. Et en plus, je reprécise, il n'y a pas eu confirmation, c'était une supposition d'Emmanuel Macron. Bref, pour terminer sur ce sujet-là, voilà, c'est ça, c'est juste une supposition.Et même si elle fait les JO, c'est lourd, c'est lourd en vrai.
Azam: On continuera tous de faire de la musique, on n'écoute pas les rageux, on n'écoute pas les gens bizarres, ça ne sert à rien de venir nous parler, c'est clair.
Heatfool: Qui sont les artistes qui t'influencent le plus dans ta musique ?
Azam: Je dirais beaucoup les gars de mon collectif, forcément, parce que je suis tout le temps au studio avec eux. Mais après, si on doit parler de d'autres gens, je dirais beaucoup les Américains d'à l'ancienne, puisque j'ai commencé par le rap Cainri (argot: américain raccourci et inversé, NDLR), parce que le frérot, il était dans ça, c'est-à-dire…
Heatfool: T'as deux-trois noms d'artistes à balancer comme ça ?
Azam: Kendrick, J.Cole, tous ça, les lyricistes entre guillemets, les Mac Miller que j'ai beaucoup saigné aussi, après j'étais beaucoup dans la génération Lil Pump. Moi, j'étais plus jeune à l'époque, ça veut dire, j'étais dans la génération Lil Pump, Smokepurpp.
Heatfool: ouais, ça c'est les gars du mumble rap ça !
Azam: Après, il y avait aussi beaucoup les Suicide Boys, qui sont un groupe, justement, ce que je te parlais par rapport au rock, c'est dedans, c'est dans l'air du temps.On a X aussi, XXXTentacion, forcément, ensuite pour parler en France, Joss Man, Laylow, je dirais beaucoup, beaucoup, beaucoup de Laylow, énormément de Laylow, pendant un moment, maintenant moins, mais putain, il m'a matrixé en vrai ! Ouais, Laylow, beaucoup !
Heatfool: Le nom de ton EP, c'est Blue Red Town, pourquoi tu as choisi ce nom ?
Azam: Carrément, c'est une mixtape, mais du coup, j'ai choisi ce nom-là parce que, justement, mon univers, c'est Blue Red Town, tu vois, c'est genre en mode, town, c'est la ville, c'est la petite ville, Blue Red, c'est moi, donc, Bleu Rouge, c'est moi depuis, des fois, c'est bleu, des fois, c'est rouge et du coup, comment imager ma musique, c'est avec Blue Red Town, c'est genre, à chaque fois que les gens écoutent ma musique, ils rentrent dans ça, tu vois, ils rentrent dans cette ville qui est dans mon imaginaire, dans l'imaginaire collectif, mais tout le monde capte un peu le délire.
Heatfool: Donc, Blue Red Town, ça fait partie d'une ville, à toi, qui est imaginaire. C'est ça.Ok, et du coup, c'est ce que tu transmets dans ton rap ?
Azam: Ouais. C'est ça